Le BDSM et kink en sexothérapie : comprendre les dynamiques de pouvoir pour mieux accompagner vers une sexualité épanouie
- osexologueclinicie
- 19 mai 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 juin 2025
Le terme BDSM recouvre un large éventail de pratiques sexuelles et relationnelles impliquant des jeux de pouvoir,
de contrôle, de soumission, de douleur ou encore de contrainte, dans un cadre strictement consensuel.
L'acronyme renvoie à plusieurs dimensions

Ces pratiques peuvent être ponctuelles ou constituer un socle identitaire fort dans la vie affective, sexuelle ou communautaire de certaines personnes. Contrairement aux représentations médiatiques souvent caricaturales,
le BDSM n’est pas synonyme de violence ou de perversion.
Il repose sur des accords clairs, des rituels de communication, et une éthique du consentement.
Ces pratiques s’inscrivent dans l’univers plus large des sexualités dites kink, un terme englobant les pratiques BDSM, mais aussi une diversité de fétichismes — autour de certaines matières (latex, cuir, vinyle), objets (chaussures, gants, colliers), ou dynamiques relationnelles. Le kink désigne toute forme de sexualité alternative, créative et non conventionnelle, reposant sur une recherche de plaisir, d’esthétique ou de sensation qui sort des cadres
hétéro-normés classiques, tout en respectant les piliers du consentement et de la sécurité.
Les dynamiques de pouvoir dans le BDSM
Au cœur du BDSM se trouvent des mécanismes d’échange de pouvoir : l’un·e cède volontairement du pouvoir (le·la soumis·e), l’autre le reçoit et le gère dans un cadre préalablement défini (le·la dominant·e).
Ce consentement éclairé, souvent ritualisé (contrat, safeword, discussion des limites), est la condition sine qua non de toute pratique BDSM éthique. Mais le pouvoir dans le BDSM n’est jamais absolu. Il est temporaire, négocié, révocable. Cela crée une dynamique paradoxale : la personne qui semble en position de faiblesse peut en réalité avoir un fort pouvoir de régulation et de contrôle de la scène ou de la relation.
Les ressorts psychologiques de ces pratiques
Certaines personnes trouvent dans le BDSM un cadre sécurisant pour explorer des dimensions profondes de leur psychisme :

le besoin de contrôle ou de lâcher-prise,
la gestion de l’anxiété par des règles strictes,
la réparation symbolique de blessures ou de traumas,
l’exploration identitaire à travers des rôles ou des rituels.
Loin d’être pathologiques en soi, ces mécanismes peuvent être profondément régulants sur le plan émotionnel et corporel, lorsqu’ils sont pratiqués dans un cadre sécure, conscient et accompagné si besoin.
Neuroatypie et BDSM : une affinité méconnue mais précieuse
Il est de plus en plus courant d’observer, en pratique sexothérapeutique comme dans les communautés BDSM,
une forte proportion de personnes neuroatypiques — c’est-à-dire des personnes dont le fonctionnement cognitif, sensoriel, émotionnel ou relationnel s’écarte des normes dites "neurotypiques". Cela inclut notamment les personnes autistes, TDAH, HPI, hypersensibles, dys, ou encore traumatisées.
Cette présence n’est pas le fruit du hasard. Le BDSM offre souvent un cadre structuré, prévisible et sensoriellement intense, qui peut répondre à des besoins profonds et spécifiques. Pourquoi cette affinité ?

Le consentement : une sécurité psychique essentielle, surtout pour les personnes atypiques
Chez les personnes neuroatypiques — autistes, TDAH, hypersensibles ou traumatisées — le respect du consentement prend une dimension encore plus cruciale. Ces personnes peuvent présenter :
une hypersensibilité émotionnelle ou sensorielle,
des difficultés à identifier ou exprimer leurs besoins,
une tendance à vouloir “faire plaisir” ou “se conformer” malgré un malaise,
ou encore une grande vulnérabilité face à des figures d’autorité ou des dynamiques asymétriques.
Dans ce contexte, une séance BDSM mal encadrée, mal préparée ou où le consentement est flou ou ignoré, peut avoir des conséquences traumatiques profondes, comparables à celles d’une agression.
Certaines personnes consultent des années plus tard en sexothérapie, sans parvenir à mettre de mots sur ce qu’elles ont vécu, car elles étaient persuadées d’avoir “accepté”. Or, comme je l’enseignes en thérapie :


SSC : Sûr, Sain, Consensuel — la règle fondatrice du BDSM éthique
Le BDSM s’appuie sur une règle éthique de base, connue et partagée au sein des communautés pratiquantes :
SSC, pour Sûr, Sain et Consensuel. Cette triade n’a rien de symbolique : elle structure tout cadre BDSM sécurisant, respectueux et porteur de sens.

Un espace de réappropriation identitaire
Le BDSM peut également devenir un lieu d’expérimentation identitaire,
notamment en cas de parcours marqué par l’inadaptation ou la marginalisation. Il offre la possibilité de :
Décider de ses propres règles,
Reprendre du pouvoir sur son vécu corporel ou traumatique,
Explorer des parts de soi non conformes ou non “acceptables” dans le monde extérieur.




L’aftercare, un soin essentiel après une scène BDSM
L’aftercare, ou soin post-scène, est un moment fondamental dans la pratique du BDSM. Trop souvent négligé ou survolé, il constitue pourtant une phase à part entière de la séance, au même titre que les jeux de pouvoir ou les rituels. Il s’agit d’un temps de retour au calme, d’ancrage, de soutien émotionnel et parfois de soins physiques, qui permet aux partenaires d’intégrer en douceur ce qui vient d’être vécu.
Un moment à préparer en amont
L’aftercare ne s’improvise pas. Il est important d’en parler avant la séance, au même titre que les pratiques souhaitées ou les limites. Chaque personne a des besoins spécifiques en sortie de scène, qu’il convient de connaître, de respecter et parfois de découvrir ensemble.
Quelques exemples de besoins émotionnels ou sensoriels :
Être tenu·e dans les bras, se sentir cajolé·e ou enveloppé·e dans un plaid
Être rassuré·e verbalement (« tu as été merveilleux·se », « tout va bien », « tu es en sécurité »)
Recevoir à boire (tisane, eau sucrée) ou à manger (chocolat, fruits secs…)
Rester en silence, seul·e, avec de la musique douce ou dans la pénombre
Avoir un contact visuel ou corporel prolongé avec son·sa partenaire
Verbaliser ce qui a été vécu pour mettre du sens
D’autres personnes préfèrent ne pas être touchées, souhaitent être seules ou demandent simplement un espace de calme : là encore, le consentement prime, même en post-scène.
Ne pas négliger les soins corporels

Lorsque les pratiques impliquent une charge physique (bondage prolongé, impact play, aiguilles, etc.), l’aftercare comprend aussi une dimension médicale ou de premiers secours :
Vérifier l’absence de coupures, brûlures ou hématomes
Désinfecter d’éventuelles plaies
Appliquer du froid ou du chaud sur des zones sensibles
Offrir une hydratation cutanée (huile, crème)
Surveiller les réactions corporelles dans les heures qui suivent

Conclusion
Le BDSM, lorsqu’il est pratiqué dans un cadre sûr,
sain et consensuel, peut être une expérience profondément transformatrice, une source de connexion, de plaisir, d’exploration de soi et de réparation psychique.
Les notions de subspace, de domspace, d’aftercare, et la qualité du consentement — en particulier pour les personnes neuroatypiques — sont autant de leviers puissants qui méritent d’être reconnus, respectés, et parfois accompagnés en sexothérapie.
C’est pourquoi je vous invite à poursuivre la lecture avec un second article complémentaire bientôt en ligne :
« BDSM et abus : reconnaître les dérives derrière le masque du consentement », où j’aborde en détail les biais de pouvoir, les formes de manipulation psychologique comme le gaslighting, et la manière dont la thérapie peut aider à faire la différence entre une expérience transgressive et une relation toxique.

Sources utilisées pour l’article : « BDSM et sexothérapie : comprendre les dynamiques de pouvoir, les états modifiés de conscience et les besoins spécifiques »
Weinberg, Thomas S. (2006). Sadomasochism and the Social Sciences: A Review of the Sociological and Social Psychological Literature.
→ Références sur les dynamiques sociales, psychologiques et identitaires du BDSM.
Moser, Charles & Kleinplatz, Peggy J. (2006). DSM-IV-TR and the Paraphilias: An Argument for Removal.
→ Perspective non pathologisante sur les sexualités dites extrêmes, utile pour aborder la posture thérapeutique.
Bezreh, Tanya et al. (2012). BDSM Disclosure and Stigma Management: Identifying Opportunities for Sex Education.
→ Outils de compréhension du lien entre pratiques BDSM et expérience émotionnelle ou identitaire.
Easton, Dossie & Hardy, Janet W. (2001). The New Topping Book et The New Bottoming Book.
→ Très utiles pour décrire les vécus intérieurs des rôles, subspace/domspace, aftercare et consentement.
Wiseman, Jay. (1998). SM 101: A Realistic Introduction.
→ Ouvrage de base sur les pratiques sécuritaires, le SSC et les dynamiques relationnelles.
2. Ressources communautaires et guides éthiques
NCSF – National Coalition for Sexual Freedom
→ Lignes directrices sur le consentement, le SSC, les pratiques sécures et les notions de drop. → https://www.ncsfreedom.org
Kink Academy
→ Vidéos et articles sur subspace, domspace, aftercare, consentement et communication BDSM. → https://www.kinkacademy.com
Autistic Self Advocacy Network (ASAN) et témoignages sur forums autistes (Reddit, Tumblr, Medium)
→ Témoignages sur le lien entre neuroatypie et BDSM (autisme, TDAH, hypersensibilité).
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