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Biais de pouvoir et risques de dérives : quand le BDSM dépasse le cadre du jeu consenti

Dans un premier article, nous avons posé les bases d’une lecture clinique et respectueuse du BDSM, en soulignant la richesse symbolique de ses dynamiques de pouvoir, la rigueur de son éthique, et la place centrale du consentement.

Ces pratiques, souvent mal comprises, peuvent pourtant offrir un espace de transformation, de reconnexion à soi et d’exploration identitaire lorsqu’elles sont vécues dans un cadre sécurisant.


Mais qu’en est-il lorsque ce cadre vacille ? Lorsque les rapports de pouvoir glissent vers des logiques d’emprise, de confusion, ou de détournement du consentement ?

Dans ce second article, nous souhaitons explorer les limites du cadre BDSM, et les points de bascule où le jeu symbolique se heurte à des dynamiques de contrôle ou de domination réels, parfois invisibles, notamment lorsqu’ils s’inscrivent dans des environnements à forte charge religieuse ou morale.


Nous interrogerons ici les dérives possibles, les mécanismes psychiques à l’œuvre, et la manière dont des figures d’autorité — thérapeutes, maîtres·sses, guides spirituels — peuvent parfois instrumentaliser le langage du BDSM à des fins d’assujettissement ou de manipulation. Il ne s’agit pas de disqualifier la pratique, mais de l’éclairer, pour mieux protéger, prévenir… et accompagner.


règles consentement

Le consentement dans le BDSM :

suivre les RÈGLES


Dans le BDSM, le consentement n’est jamais un simple “oui” donné

une fois pour toutes.

Il s'agit d'un processus actif, mutuel et réflexif. Pour guider cette pratique de manière saine, l’acronyme RÈGLES permet de poser un cadre clair, que ce soit en relation, en scène, ou en atelier.


Cette grille RÈGLES est un outil précieux,

à intégrer autant dans les discussions préalables que dans le débriefing post-scène. Elle peut aussi servir de support en thérapie pour explorer le rapport au consentement dans la sexualité, mais aussi dans la vie relationnelle plus large.


Si le BDSM repose sur une base éthique solide – celle du consentement explicite,

libre et informé, il n’en reste pas moins que certains biais peuvent venir fausser la dynamique d’échange de pouvoir, voire ouvrir la porte à des abus.


Or, des biais de pouvoir peuvent fragiliser cette dynamique. Par exemple :

  • Un·e partenaire plus âgé·e, plus expérimenté·e ou admiré·e peut influencer l’autre, même sans intention de nuire.

  • Un déséquilibre économique, affectif, ou une dépendance émotionnelle peuvent réduire la capacité à poser ses limites ou à dire non.

  • Une construction fantasmée du BDSM, fondée sur des récits ou des vidéos non éthiques, peut amener à reproduire des pratiques sans conscience des enjeux réels.

Ces dérives ne sont pas inhérentes au BDSM, mais peuvent s’infiltrer dans n’importe quelle relation déséquilibrée où le pouvoir est mal compris ou détourné.


Entre soumission consentie et manipulation


Certaines personnes se servent du cadre BDSM pour masquer des dynamiques abusives, en prétendant que tout ce qui se passe est “consenti” ou “dans les règles”. Cela peut aller de la pression psychologique subtile au gaslighting, voire à de véritables violences sexuelles ou psychologiques déguisées.

Gaslighting

Comment cela se manifeste ?

  • “Tu exagères, ce n’était pas si intense.”

  • “Tu avais dit oui, tu changes toujours d’avis.”

  • “Tu inventes, tu dramatises tout.”

  • “C’est toi qui m’as demandé d’être dur·e.”



Ces phrases peuvent paraître anodines, mais elles sapent progressivement la confiance que l’on a en soi, en ses ressentis, et en sa capacité à poser des limites. Dans le BDSM, elles peuvent masquer un abus réel sous couvert de jeu consenti.


trauma BDSM en sexothérapie

En sexothérapie, repérer l’ambiguïté


Certaines personnes arrivent en thérapie confuses, honteuses, ou abîmées par une relation BDSM vécue comme toxique — sans oser nommer ce qu’elles ont subi.

Elles peuvent avoir intériorisé l’idée qu’elles “avaient voulu ça”, ou que la violence était normale parce qu’habillée de rituels BDSM.


Il est alors fondamental de :

  • Rétablir la légitimité de leur ressenti,

  • Revenir aux fondamentaux du consentement,

  • Clarifier la différence entre jeu consenti et emprise psychologique,

  • Aider à reconstruire une autonomie affective et sexuelle, sanks diaboliser les pratiques mais en revalorisant leur cadre éthique.



 Le dominant·e : un rôle de responsabilité et de soin


Dans la dynamique BDSM, le ou la dominant·e n’est pas seulement un·e meneur·se de jeu : c’est aussi un·e garant·e de la sécurité physique et émotionnelle du ou de la partenaire. Son rôle implique de reconnaître et de respecter les limites posées, de valoriser l’autonomie de l’autre, et de veiller à la sécurité émotionnelle.

Cela passe par l’écoute active, l’anticipation des besoins, et la capacité à s’adapter si les signaux émotionnels ou corporels du ou de la partenaire évoluent.


Être dominant·e, c’est aussi être capable de recevoir le feedback – même s’il est difficile – et d’ouvrir un espace de discussion sur les ressentis. C’est enfin un travail constant d’autoréflexion : interroger ses propres désirs de pouvoir, ses motivations, et ses éventuelles peurs ou insécurités qui pourraient influencer la relation.



La responsabilité du·de la soumis·e : prendre soin de soi


Si le ou la dominant·e porte une grande responsabilité, le ou la soumis·e a aussi la sienne : celle de veiller à son bien-être émotionnel et physique.

Cela passe par l’auto-observation, l’expression de ses besoins et de ses limites, et la capacité à dire non, même si la dynamique de jeu peut rendre cela difficile. S’informer, poser des questions et garder un regard critique sur la relation sont des clés pour éviter de se mettre en danger. Cela n’est jamais une faute ou un défaut : c’est un apprentissage, qui se construit pas à pas, dans la confiance et la bienveillance.



Les enjeux pour le·la dominant·e : la charge mentale et les dynamiques d’attachement


Il est aussi important de rappeler que la posture de dominant·e n’est pas à l’abri de la pression ou de la difficulté. Quand un·e soumis·e adopte des comportements issus d’un attachement anxieux ou d’une grande insécurité, le·la dominant·e peut se retrouver à porter un poids émotionnel qui dépasse le cadre du jeu consenti. Cela peut mener à une charge mentale importante : gérer la peur de l’autre, répondre à des besoins illimités, ou se sentir responsable du bien-être psychique de la relation. Ces dynamiques sont intimement liées aux styles d’attachement de chacun·e, que nous avons développés plus en détail dans un autre article. Pour aller plus loin, vous pouvez le consulter ici


Ces situations appellent une vigilance particulière, et parfois un accompagnement extérieur, pour préserver l’équilibre, la liberté et la sécurité de chacun·e.


 Conclusion


Le BDSM, lorsqu’il est vécu dans un cadre consensuel et bienveillant, peut être un formidable terrain de liberté, de découverte et de confiance. Mais il ne va pas sans responsabilité : chaque personne, dominant·e comme soumis·e, a un rôle à jouer pour veiller à sa sécurité et à celle de l’autre.


La charge mentale, les dynamiques d’attachement et les zones de vulnérabilité nécessitent une écoute fine et un ajustement constant. Dans ces espaces où le jeu et la puissance s’entrelacent, il est essentiel de rester attentif à la frontière entre la liberté et la dérive, entre la confiance et l’emprise.


C’est dans cette vigilance mutuelle, cette capacité à dire, à entendre, à négocier et à prendre soin, que peut se tisser une sexualité plus consciente, plus apaisée et profondément épanouissante. Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir ces réflexions ou bénéficier d’un espace d’écoute, je propose des consultations en ligne, dans un cadre sécurisant et respectueux.






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