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Quand le plaisir va trop vite : comprendre et accompagner l’éjaculation prématurée

Le plaisir qui déborde, le corps qui va trop vite


Il n’est pas rare de se sentir dépassé·e par son propre corps. D’avoir le sentiment que le plaisir va trop vite, que l’orgasme survient avant même que le désir ait eu le temps de s’installer pleinement. Dans ces moments-là, beaucoup de personnes parlent de perte de contrôle, de frustration, de honte parfois. Et pourtant, ce trouble est bien plus courant qu’on ne l’imagine.


1 pers sur 3 à déjà connu une difficulté dans le control de plaisir

L’éjaculation précoce, aussi appelée éjaculation prématurée, touche un grand nombre d’hommes, à des degrés divers.

Ce n’est pas un "problème honteux", ni un tabou à entretenir. C’est un réflexe corporel, souvent inconscient, qui peut s’expliquer, se comprendre… et se transformer.


Dans cet article, je vous propose d’explorer ce trouble sous différents angles : médical, psychosexuel, émotionnel et relationnel.

Nous verrons comment il se forme, ce qu’il peut venir révéler de notre rapport au corps et à la sexualité, et surtout, comment un accompagnement thérapeutique peut aider à retrouver confiance, lenteur et plaisir.


🩺 Point de vue médical : ce que dit la science


schéma appareils génitaux

L’éjaculation prématurée est considérée comme l’un des troubles sexuels les plus fréquents chez les personnes ayant un pénis. Si elle est souvent minimisée ou vécue comme une gêne passagère, elle peut parfois devenir source de souffrance et affecter la vie intime, l’estime de soi ou la dynamique du couple.



🔹 Une définition clinique bien encadrée


control ejaculation

Selon le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux),

l’éjaculation prématurée se définit par :

« Un schéma persistant ou récurrent d’éjaculation survenant lors de presque tous les rapports sexuels, en moins d’environ une minute après la pénétration vaginale, et avant que l’individu ne le souhaite, pendant une période d’au moins six mois, causant une détresse significative. » (DSM-5, APA, 2013)



🔹 Une prévalence élevée… mais variable


D’après la Société Internationale de Médecine Sexuelle (ISSM), environ 20 à 30 % des hommes rapportent avoir vécu un jour une difficulté à contrôler leur éjaculation.

Mais seuls 5 à 10 % répondraient strictement aux critères médicaux d’un trouble persistant. Cette nuance est importante : ce n’est pas parce qu’on a déjà éjaculé "trop vite" qu’on souffre nécessairement d’un trouble sexuel.


👉 Environ 1 personne sur 3 ayant un pénis connaîtra au moins une fois dans sa vie une perte de contrôle du plaisir sexuel. Cela peut être transitoire, contextuel, ou plus ancré. Ce qui compte, c’est le vécu de la personne.


Quand consulter?


🔹 Origines psychosexuelles : d’où vient ce réflexe ?


Si l’éjaculation prématurée peut avoir une cause médicale, elle résulte le plus souvent d’automatismes comportementaux appris tôt dans la vie sexuelle (Levine, 2006 ; Kaplan, 1974). Ces automatismes s’inscrivent dans la mémoire corporelle et influencent la réponse sexuelle de manière durable.


  • Les habitudes précoces de masturbation


Pour beaucoup d’adolescents, les premières expériences de masturbation se déroulent dans la précipitation : dans la chambre, la salle de bain ou les toilettes, avec la peur d’être surpris, parfois accompagnées d’un sentiment de honte (McMahon et al., 2005 ; ISSM).

Ce contexte pousse à chercher un plaisir rapide, sans phase de détente ou d’exploration sensorielle. Le cerveau associe alors la stimulation sexuelle à une réponse éjaculatoire accélérée. Répété des dizaines ou centaines de fois, ce schéma devient un réflexe.

le cercle vicieux de l'éjaculation prématuré

  • Le poids de la honte et de la culpabilité

Dans les environnements où la sexualité est taboue, la découverte du plaisir peut s’accompagner de messages négatifs : “C’est sale”, “Ne fais pas ça”, “Tu te fais du mal”.

Ces émotions activent le système nerveux sympathique, responsable des réactions de fuite ou de lutte (Kaplan, 1974). Résultat : le corps cherche à “en finir vite” pour diminuer la tension émotionnelle… ce qui, paradoxalement, renforce le réflexe d’éjaculation rapide.


  • L’anxiété de performance

Une fois adulte, la crainte de “ne pas tenir” ou de décevoir un·e partenaire devient un facteur aggravant majeur (McMahon et al., 2005). L’attention se fixe sur la peur d’éjaculer trop vite, ce qui active encore davantage la réponse réflexe.

C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux : plus on a peur que ça arrive, plus ça arrive vite.


  • La mémoire corporelle

Les habitudes précoces, la honte, l’anxiété et, parfois, l’usage de contenus pornographiques créent un terrain commun : le corps garde en mémoire des schémas rapides, et les reproduit inconsciemment à chaque montée d’excitation (Levine, 2006).

Sans travail de déconditionnement, ces automatismes peuvent persister toute la vie… mais la bonne nouvelle, c’est qu’ils se désapprennent.



L’impact possible de la consommation de pornographie


Certaines recherches récentes s’intéressent au rôle de la consommation régulière ou intensive de pornographie sur le contrôle de l’excitation sexuelle (Park et al., 2016 ; Kugler et al., 2016).

Bien que le lien direct avec l’éjaculation prématurée soit encore débattu, l’exposition répétée à des contenus très stimulants peut entraîner :

  • une recherche d’intensité visuelle rapide,

  • un conditionnement à des rythmes sexuels accélérés,

  • une diminution de la connexion avec les sensations corporelles réelles.


💡 À retenir : Ce réflexe n’est pas un manque de volonté. Il s’agit d’une réponse apprise, influencée par des facteurs émotionnels et comportementaux, qui peut être transformée par un accompagnement adapté.



⚡ Quand le corps va plus vite que le désir


L’éjaculation prématurée n’est pas seulement une question de temps, mais surtout une question de décalage : celui entre l’intensité de l’excitation corporelle et le rythme souhaité par la personne.


🔹 Un réflexe, pas une décision

L’éjaculation est un réflexe physiologique complexe qui implique à la fois le système nerveux central (cerveau et moelle épinière) et le système nerveux périphérique. Lorsque certaines zones du pénis sont stimulées, elles envoient un signal électrique via les nerfs sensoriels. Ce signal est traité par la moelle épinière, qui déclenche une série de contractions musculaires menant à l’expulsion du sperme (McMahon et al., 2005 ; ISSM).


Une fois ce réflexe enclenché, il devient presque impossible de l’interrompre volontairement. C’est pourquoi beaucoup d’hommes disent que “ça part tout seul”.


🔹 Excitation, tension… et basculement

Chez certaines personnes, le seuil d’activation de ce réflexe est plus bas : il suffit de peu de stimulation pour atteindre le “point de non-retour”.

Ce seuil peut être influencé par :

  • les habitudes précoces (vitesse de stimulation)

  • l’état émotionnel (stress, excitation intense)

  • la nouveauté ou l’anticipation sexuelle

  • la mémoire corporelle et les conditionnements passés.


🔹 Le rôle du système nerveux

En situation d’excitation forte, le système nerveux sympathique s’active : rythme cardiaque qui s’accélère, respiration plus courte, tensions musculaires accrues.

Lorsque ce système est suractivé (par exemple en cas de stress ou d’anticipation anxieuse), le corps tend à “déclencher” plus vite l’éjaculation.


💡 À retenir : si l’éjaculation prématurée est vécue comme une perte de contrôle, c’est parce que le corps agit selon un programme réflexe appris et renforcé, qui peut être modulé par un travail ciblé sur la respiration, la conscience corporelle et la régulation de l’excitation.


exo ejac précoce

💡 Conseil : Ces exercices peuvent être très efficaces, mais leur succès dépend souvent de la régularité et de la capacité à identifier ses sensations corporelles.

Un accompagnement en sexothérapie peut aider à lever les blocages émotionnels qui empêchent leur mise en pratique.


🤝 L’accompagnement en sexothérapie


Si l’éjaculation prématurée est souvent vécue comme une fatalité, la sexothérapie montre qu’il est possible de transformer durablement ce réflexe.

L’objectif n’est pas seulement de “tenir plus longtemps”, mais de retrouver un rapport plus libre, apaisé et conscient à sa sexualité.


🔹 Comprendre et déconstruire les automatismes

En séance, nous explorons ensemble les schémas appris : habitudes précoces, contextes émotionnels, messages reçus autour de la sexualité.

Ce travail permet de prendre conscience de ce qui déclenche l’accélération du réflexe et de trouver des stratégies adaptées pour le modifier.


🔹 Reconnecter le corps et les sensations

Les exercices proposés en sexothérapie vont au-delà de la performance.

Ils visent à :

  • ralentir l’excitation pour mieux la savourer

  • développer une attention corporelle fine (repérer les signes avant le “point de non-retour”)

  • intégrer des techniques de respiration, de mouvement et de pauses sensuelles, seul·e ou à deux.


🔹 Travailler sur la confiance et la communication

L’éjaculation prématurée s’accompagne souvent d’anxiété de performance ou de peur du jugement.

Un espace thérapeutique sécurisant permet de :

  • déposer ses peurs sans crainte d’être jugé·e

  • aborder la question avec son/sa partenaire sans tensions

  • transformer la sexualité en un lieu de complicité plutôt qu’en un terrain de stress.


🔹 Une approche globale

La sexothérapie prend en compte :

  • le corps

  • les émotions

  • le contexte relationnel

  • et, si nécessaire, une collaboration avec un·e médecin sexologue ou un·e autre professionnel·le de santé pour vérifier l’absence de cause organique.

3 piliers d'une sexualité réapprise

💡 À retenir : la durée d’un rapport n’est pas le seul indicateur d’une sexualité épanouie. La sexothérapie aide à sortir des injonctions de performance pour se réapproprier son plaisir, à son rythme.


📝 Conclusion


L’éjaculation prématurée est l’un des troubles sexuels les plus fréquents chez les personnes ayant un pénis.

Loin d’être un signe de faiblesse ou un défaut irréversible, elle est souvent la conséquence de schémas corporels appris tôt, renforcés par des contextes émotionnels et relationnels spécifiques.


Qu’elle soit ponctuelle ou persistante, cette expérience peut impacter la confiance en soi et la vie intime. Mais elle n’est pas une fatalité. Comprendre son fonctionnement, identifier ses déclencheurs, apprendre à réguler l’excitation et à ralentir sont autant d’étapes qui permettent de retrouver une sexualité plus libre et épanouie.


La sexothérapie offre un espace sécurisant pour explorer ces dimensions, avec des outils concrets et un accompagnement bienveillant. En travaillant sur la présence, la patience et le plaisir, il devient possible de transformer un réflexe subi en une expérience choisie.


Sources bibliographiques

Kaplan, H. S. (1974). The New Sex Therapy. New York: Brunner/Mazel.


Kugler, J., Döring, N., & Briken, P. (2016). Pornography use and sexual functioning. Journal of Sexual Medicine, 13(6), 883–896. https://doi.org/10.1016/j.jsxm.2016.03.002


Levine, S. B. (2006). Ejaculation disorders: Psychodynamic and behavioural approaches. In S. Leiblum (Ed.), Principles and Practice of Sex Therapy (pp. 383–405). New York: Guilford Press.


McMahon, C. G., Abdo, C., Incrocci, L., Perelman, M., Rowland, D., Waldinger, M., & Xin, Z. (2005). Disorders of orgasm and ejaculation in men. International Journal of Urology, 12(5), 281–287. https://doi.org/10.1111/j.1442-2042.2005.01005.x


Park, B. Y., Wilson, G., Berger, J., Christman, M., Reina, B., Bishop, F., Klam, W., & Doan, A. P. (2016). Is Internet Pornography Causing Sexual Dysfunctions? A Review with Clinical Reports. Behavioral Sciences, 6(3), 17. https://doi.org/10.3390/bs6030017


Société Internationale de Médecine Sexuelle (ISSM). (2014). Guidelines for the Diagnosis and Treatment of Premature Ejaculation. Retrieved from https://www.issm.info








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