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Je n’ai pas envie de sexe : est-ce un problème ?

30 sept.
10 min de lecture

« Je n’ai plus envie de sexe. » Cette phrase peut susciter de l’inquiétude : Est-ce normal ? Est-ce que je n’aime plus mon ou ma partenaire ? Est-ce que quelque chose ne va pas chez moi ?


Pourtant, elle peut désigner des expériences très différentes. Vous n’avez peut-être plus envie de sexualité du tout. Vous avez peut-être encore des fantasmes ou du plaisir en solo, mais plus envie des rapports que vous partagez. Vous êtes peut-être épuisé·e, vous avez mal, ou la sexualité est devenue une source de pression.


Avant de chercher à « retrouver votre libido », une autre question mérite donc d’être posée : qu’est-ce que cette absence d’envie signifie pour vous ?


Libido et désir : de quoi parle-t-on ?


Dans le langage courant et dans certaines approches médicales, libido et désir sexuel sont souvent employés comme des synonymes. En psychologie, en psychanalyse et dans certaines approches sexothérapeutiques, les distinguer peut toutefois aider à comprendre plus finement ce que l’on vit.


La libido peut être envisagée comme un élan ou une énergie sexuelle : une pulsion qui participe à notre vie corporelle et psychique. Elle peut s’exprimer dans des pensées, des fantasmes, une recherche de sensations, une envie de masturbation ou de rapprochement sexuel.


Cette pulsion ne sert pas uniquement à la reproduction. La sexualité peut aussi être recherchée pour le plaisir, la détente, l’exploration de soi, le jeu, l’intimité ou le partage avec une autre personne. Certaines personnes y trouvent une manière d’apaiser des tensions ; d’autres n’en ont pas besoin pour cela. Il n’existe pas une seule fonction de la sexualité, valable pour tout le monde.


Le désir, lui, permet de poser une question plus précise : de quoi ai-je envie, ici et maintenant ? Il peut s’orienter vers une personne, une pratique, une sensation, un fantasme ou un certain type de rencontre. Avoir de la libido ne signifie donc pas avoir envie de n’importe quel rapport sexuel, avec n’importe qui et dans n’importe quelles conditions.


On peut aimer se masturber sans désirer de sexualité partagée. On peut aimer profondément son ou sa partenaire sans avoir envie des rapports que l’on vit actuellement. Et l’on peut penser rarement au sexe, puis ressentir du désir lorsqu’un contexte nous plaît.


Une libido sensible à ce que nous vivons


La libido n’est pas une réserve toujours disponible. Le manque de sommeil, la fatigue, le stress, l’anxiété, une période de surcharge ou un état de santé difficile peuvent laisser moins de place à la sexualité. Notre rythme de vie et notre alimentation peuvent aussi participer à notre état général. Cela ne veut pas dire qu’il existe une recette universelle pour « relancer » la libido : ses variations ont rarement une cause unique.


Les hormones jouent également un rôle, sans dicter à elles seules nos envies. Chez beaucoup d’hommes, le taux de testostérone suit un rythme quotidien, généralement plus élevé le matin. Cela ne signifie pas que tous les hommes ont davantage envie de sexe au réveil.


Chez les personnes qui ont un cycle menstruel avec ovulation, les hormones évoluent au cours du cycle. Les œstrogènes augmentent avant l’ovulation et la progestérone augmente ensuite. Certaines personnes remarquent davantage d’envie autour de l’ovulation ; d’autres ont un rythme différent ou ne constatent aucune variation particulière. Les douleurs, l’humeur, la fatigue et le contexte de vie peuvent également compter.

Ce schéma représente des rythmes hormonaux simplifiés, pas une courbe de libido. Il ne décrit ni tous les corps ni tous les cycles.

Une contraception hormonale, notamment, peut modifier le fonctionnement du cycle

Cycle testosterone

Certains médicaments peuvent aussi influencer la sexualité. C’est le cas de certains antidépresseurs, qui peuvent agir sur l’envie, l’excitation ou l’orgasme. La dépression elle-même peut également avoir un effet sur la sexualité : les deux peuvent donc être difficiles à distinguer. Si un changement vous gêne depuis la prise d’un traitement, parlez-en avec la personne qui vous le prescrit, sans le modifier seul·e.


Désir spontané et désir réactif


On imagine souvent le désir comme une envie qui apparaît soudainement, avant même qu’il ne se passe quoi que ce soit. Une pensée, un fantasme ou une personne nous attire, et nous souhaitons vivre une expérience sexuelle. C’est ce que l’on appelle le désir spontané.


Mais le désir peut aussi être réactif. Dans ce cas, l’envie apparaît en réponse à une situation agréable : une conversation, un moment de complicité, une proximité, une ambiance ou des sensations plaisantes. Vous n’aviez pas spécialement envie de sexe auparavant, puis vous découvrez que vous aimeriez peut-être explorer ce moment.


Ces deux formes de désir peuvent coexister chez une même personne et varier au cours de la vie. Ne pas ressentir souvent de désir spontané ne signifie donc pas que l’on est incapable de désirer.


Le désir réactif n’est toutefois jamais une raison de se forcer. Il ne s’agit pas de commencer une activité sexuelle en espérant que l’envie finira par venir. Il s’agit de pouvoir accueillir une curiosité libre, sans obligation d’aller plus loin. Vous avez toujours le droit de dire non, de ralentir ou de vous arrêter. Un moment de tendresse peut rester un moment de tendresse.


Est-ce que la sexualité que vous vivez vous convient ?


Quand une personne a moins envie de sexe au sein d’un couple, on cherche parfois immédiatement ce qui « ne va pas » chez elle. Pourtant, il est aussi essentiel de regarder l’expérience sexuelle qu’elle vit.


Est-ce que le sexe que vous partagez actuellement vous convient ?


Aimez-vous les pratiques qui reviennent le plus souvent ? Avez-vous suffisamment de place pour exprimer vos envies, proposer autre chose ou dire non ? Votre plaisir compte-t-il autant que celui de l’autre ? Vous sentez-vous libre de partager un geste affectueux sans qu’il soit interprété comme le début obligatoire d’un rapport ?


On peut aimer quelqu’un et ne pas apprécier la sexualité que l’on partage avec cette personne. On peut souhaiter davantage de lenteur, de jeu, de variété ou d’attention. On peut aussi avoir changé et découvrir que certaines pratiques ne nous correspondent plus.


Lorsque les rapports sont régulièrement décevants, vécus comme une obligation ou associés à une pression, il est compréhensible de ne plus avoir envie de les renouveler. Avant de chercher à augmenter le désir, il peut être nécessaire de redonner une place à ce qui procure réellement du plaisir.


Et si la sexualité fait mal ?


Il est difficile de désirer une expérience que l’on anticipe comme douloureuse. Lorsqu’une pratique fait mal, on peut l’appréhender, se crisper ou ne plus en avoir envie du tout. Vous n’avez pas à endurer la douleur pour préserver votre couple ou pour correspondre à une idée de la « vraie » sexualité.


Vous avez le droit d’interrompre une pratique douloureuse, de ne pas avoir de sexualité pendant un temps ou de choisir d’autres formes d’intimité. La pénétration n’est pas une obligation. Et l’absence de pénétration ne retire rien à la valeur d’un moment partagé.


Si les douleurs se répètent, elles méritent d’être prises au sérieux et explorées avec un·e professionnel·le de santé compétent·e. Selon la situation, un accompagnement sexothérapeutique peut également aider à travailler l’appréhension, les limites et la possibilité de retrouver, à votre rythme, une sexualité choisie.


Le désir évolue-t-il au fil de la vie de couple ?


Au début d’une relation, la nouveauté et la découverte de l’autre peuvent donner une grande place à la sexualité. L’état amoureux s’accompagne aussi de processus biologiques et peut favoriser une forme d’idéalisation : c’est ce que l’on exprime parfois en disant que « l’amour rend aveugle ».


Cette phase intense n’a toutefois pas de durée fixe. Il n’existe pas un cap universel, à 18 mois, trois ans ou cinq ans, au-delà duquel le désir devrait changer. Et lorsque l’intensité des premiers temps évolue, cela ne signifie pas que l’amour a disparu.


Avec les années, le couple construit d’autres habitudes. Le travail, la charge mentale, les enfants, la fatigue, les soucis de santé ou simplement le besoin de repos peuvent modifier la disponibilité de chacun·e. Après une naissance, par exemple, le corps, le quotidien et les rôles au sein du couple peuvent changer profondément. La sexualité peut alors occuper moins de place, pour un temps ou plus durablement.


On entend souvent que « le sexe est le pilier du couple ». Mais cette formule ne correspond pas à toutes les relations. Certains couples accordent une place centrale à la sexualité ; d’autres en partagent peu ou pas et vivent leur relation avec satisfaction. Une faible fréquence de rapports ne suffit pas à conclure qu’un couple va mal.


La question est plutôt : comment chaque partenaire vit-il ou vit-elle cette situation ? Est-ce un équilibre qui vous convient à tous·tes les deux ? Une période que vous traversez ensemble ? Ou une différence de besoins qui fait souffrir l’un·e ou les deux ?


L’objectif n’est pas nécessairement de retrouver la sexualité des premiers mois. Il peut être plus utile de se demander : « Quelle place avons-nous envie de lui donner aujourd’hui, et sous quelles formes ? »


Quel rapport entretenez-vous avec votre corps et votre intimité ?


Le désir ne dépend pas seulement des hormones ou de la relation de couple. Il peut aussi être influencé par la façon dont vous vivez votre corps.


Comment vous sentez-vous à l’idée d’être regardé·e, touché·e ou de vous montrer nu·e ? Quel rapport entretenez-vous avec votre vulve, votre pénis ou d’autres parties de votre corps impliquées dans votre sexualité ? Certaines personnes éprouvent de la curiosité ou du plaisir ; d’autres ressentent de la gêne, de l’indifférence, de la honte ou une difficulté à reconnaître certaines parties de leur corps comme les leurs.


Pour certaines personnes, une dysphorie de genre peut rendre des mots, des gestes, des regards ou des zones du corps difficiles à vivre dans l’intimité. D’autres peuvent avoir des préoccupations très envahissantes concernant leur apparence, qui peuvent parfois relever d’une dysmorphophobie. Ces vécus sont différents et ne doivent pas être supposés chez quelqu’un en raison de son identité ou de son apparence. La question est toujours de comprendre ce qui, pour cette personne, favorise le confort ou provoque de la souffrance.


L’éducation, la religion et les valeurs personnelles peuvent également jouer un rôle. Certaines personnes ont grandi avec l’idée qu’il était interdit ou honteux de parler de sexe, de se masturber, de montrer leur corps ou d’exprimer leurs envies. D’autres trouvent au contraire dans leurs croyances une manière positive de penser l’intimité. L’important n’est pas de juger ces repères, mais de se demander quelle place ils occupent aujourd’hui dans votre vie et s’ils correspondent à ce que vous souhaitez.


Quelle place pour la masturbation et la sexualité en solo ?


La masturbation peut être un moyen de découvrir ses sensations, ses préférences et son imaginaire. Elle peut procurer du plaisir, aider certaines personnes à se détendre ou simplement offrir un moment pour soi. Mais elle peut aussi ne pas vous intéresser. Se masturber n’est pas un exercice obligatoire pour avoir une sexualité épanouie.


Votre sexualité en solo peut néanmoins vous donner des indications. Ressentez-vous parfois de l’envie lorsque vous êtes seul·e, sans attente extérieure ? Certaines sensations vous plaisent-elles davantage que celles vécues avec un·e partenaire ? Ou la sexualité, même en solo, suscite-t-elle plutôt de l’indifférence ou du malaise ?


Il ne s’agit pas de faire de la masturbation un « test » de votre libido. Il s’agit de vous donner la possibilité de distinguer votre rapport personnel à la sexualité de ce qui se passe dans la relation avec l’autre.


Quelles émotions apparaissent quand vous pensez au sexe ?


Avant même de chercher des solutions, prenez un instant pour observer ce que l’idée d’une expérience sexuelle suscite en vous.


Est-ce de la curiosité, de l’élan, de la tendresse, de l’excitation ? Est-ce de la fatigue, de l’ennui, de la pression, de la peur, de la honte ou du dégoût ? Ressentez-vous quelque chose dans votre corps : de la détente, une crispation, une douleur anticipée, une envie de vous rapprocher ou de vous éloigner ?


Ces sensations ne sont pas des réponses à corriger. Elles peuvent vous aider à comprendre si vous manquez d’énergie, si une expérience ne vous convient pas, si quelque chose vous inquiète, ou si vous n’avez tout simplement pas envie. Il n’est pas nécessaire de trouver une explication unique et immédiate.


Quand demander de l’aide ?


Certaines personnes ont peu ou pas d’intérêt pour la sexualité et le vivent sereinement. D’autres se reconnaissent dans le spectre de l’asexualité. Ces vécus ne sont pas, en eux-mêmes, des problèmes à résoudre.


En revanche, si votre désir a changé de façon marquée et que cela vous inquiète, si vous ressentez des douleurs, si vous suspectez un effet lié à un médicament ou si votre sexualité est devenue source de souffrance, vous pouvez en parler. Selon ce que vous vivez, un échange médical ou un accompagnement sexothérapeutique peut vous aider à y voir plus clair.


En sexothérapie, l’objectif n’est pas de vous conduire vers un nombre de rapports « normal ». Nous pouvons explorer ensemble ce que signifie cette absence d’envie pour vous : votre état général, la place du plaisir, vos expériences, votre rapport au corps, vos limites et vos attentes. Le travail peut consister à retrouver une sexualité qui vous manque, à en construire une différente ou à mieux comprendre et accepter votre fonctionnement.


Quelques questions pour faire le point


- Comment vont mon sommeil, mon énergie, mon stress et ma santé en ce moment ?

- Mon envie a-t-elle toujours été ainsi, ou quelque chose a-t-il changé ?

- Est-ce que les expériences sexuelles que je vis me plaisent réellement ?

- Ai-je mal pendant certaines pratiques, ou peur d’avoir mal ?

- Ai-je la liberté d’exprimer mes envies, mes refus et mes limites ?

- Quel rapport ai-je avec mon corps, mes organes génitaux et la masturbation ?

- Quelles sensations et quelles émotions apparaissent lorsque je pense à la sexualité ?

- Est-ce l’absence d’envie elle-même qui me fait souffrir, ou surtout les attentes des autres ?

- Si personne n’attendait rien de moi, quelle place aurais-je envie de donner à la sexualité ?


Vous n’avez pas besoin de répondre à tout immédiatement. Ces questions ne servent pas à vous convaincre d’avoir plus envie. Elles servent à mieux entendre ce que vous vivez.


Ne pas avoir envie de sexe n’est pas automatiquement un problème. En revanche, votre douleur, votre inconfort, votre manque de plaisir ou votre envie de comprendre ce qui a changé méritent toujours d’être accueillis avec sérieux.


Sources :


Santé sexuelle, plaisir et influences sociales — OMS

Désir, fatigue, sommeil, image du corps et douleurs — Manuel MSD

Désir, expériences insatisfaisantes et effets possibles des antidépresseurs — Manuel MSD

Désir spontané et désir réactif — International Society for Sexual Medicine

Désir et variations au cours du cycle menstruel — étude scientifique

Rythme quotidien de la testostérone — étude scientifique

Évolution de la satisfaction sexuelle au fil du couple — étude scientifique

Sexualité lors de l’arrivée d’un enfant — étude scientifique

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